Cette année, nous sommes retournés à Freiburg im Breisgau pour la Smashing Conference, les 8 et 9 septembre 2026 🏰🇩🇪🆓☀️.
Trois fils rouges se sont dégagés: l'IA et les design systems, des sujets CSS et HTML très techniques, et des talks plus humains sur l'équipe et la posture. Voici ce qu'on en retient.

Jour 1
TJ Pitre a ouvert la conférence avec un constat simple: entre Figma et le code, tout finit par dériver. Personne ne fait d'erreur, chaque changement est raisonnable. Mais au bout de quelques releases, plus aucune des deux sources ne fait foi.
Sa réponse: rendre le design system lisible pour l'IA. Il décrit cinq couches de contexte: tokens, composants, règles de composition, politique produit et règles d'ingénierie. La plupart des équipes s'arrêtent aux deux premières. Or chaque trou devient une supposition de l'IA. Deux démos live l'ont illustré: FigmaLint pour valider un composant, puis le MCP Figma pour passer du design au code. Il voit émerger un nouveau rôle, le « Context Engineer ». L'IA fait 80 à 90 % du chemin, ce rôle comble le reste. Chez nous, le MCP Figma couplé à Claude Code fait déjà partie des pratiques, mais le talk a bien posé pourquoi la qualité du fichier source compte autant. Pour aller plus loin, les slides de TJ Pitre sont en ligne.
Eva Ferreira a rappelé que l'i18n, c'est d'abord de la culture. Un drapeau n'est pas une langue, et l'espagnol a plusieurs mots pour un même frigo. L'IA accélère les bons process… et aussi les mauvais.
Côté technique, la règle d'or: ne jamais concaténer des phrases. L'anglais a une grammaire pauvre qui nous donne de mauvais réflexes. En allemand ou en espagnol, le genre et l'ordre des mots changent tout. C'est la langue cible qui décide où va la variable. Pour la traduction machine « provisoire », elle recommande des garde-fous: traduire dans la PR avec son agent, fournir du contexte, un glossaire commun, puis faire relire. Et des checks en CI: variables intactes, clés manquantes, phrases assemblées.
Joe Natoli a parlé de développement personnel et de communication d'équipe. Son message: ne pas enterrer ses frustrations. Il faut en parler à son manager et se faire confiance.
Sarah Thompson (NN/g) est partie d'une idée rassurante. La tech évolue à toute vitesse, mais notre cerveau n'a pas changé depuis 40 000 ans. On conçoit toujours pour le même humain.
Pour elle, toutes nos décisions sont d'abord émotionnelles. Notre cerveau pèse en permanence coûts et gains: effort mental, lien social, réaction émotionnelle, effort physique, ressources, temps. Chaque axe devient une question de design. L'utilisateur comprend-il en quelques secondes? Se sent-il en sécurité et à sa place? Peut-on lui offrir une récompense immédiate? Sur une étude de cas de collecte de fonds, cette approche a fait grimper de 50 % les objectifs élevés.
Jake Archibald a clôturé la journée avec le
<select> personnalisable. Il a retracé l'historique des détournements, notamment autour de <dialog>. Il a montré les nouvelles propriétés pour l'accessibilité et le dynamisme. Bonne nouvelle: l'arrivée sur Firefox est proche.Jour 2
Le mystery speaker de cette année, c'était Heydon Pickering. Et c'était sans doute le talk le plus fun de la conférence. Il fait de la musique avec des balises HTML. Tout part d'un élément qui joue un simple son de cloche. Puis il ajoute des arpèges en script, des effets façon pédales de guitare, un peu d'aléatoire pour rendre le tout plus humain. Le résultat est étonnamment musical. Son projet est à découvrir sur hyperblam.how.
Vitaly Friedman nous a montré des interfaces de plus de vingt ans: des dizaines de champs, de la typo monospace, tout en petit. Ça fait mal aux yeux. Mais ces logiciels sont utilisés sept heures par jour, depuis des années. S'ils ont survécu, c'est qu'ils fonctionnent.
Son message: un logiciel legacy n'est pas cassé. Il fait exactement ce pour quoi il a été conçu. Selon lui, 75 % des projets de modernisation échouent. En cause: des dépendances cachées, des équipes épuisées, le piège de la parité fonctionnelle et une approche trop centrée sur la tech. Il plaide pour un état d'esprit de « restauration »: moderniser ce qui marche, avec les utilisateurs, plutôt que tout reconstruire. Et pour convaincre la direction, il faut parler ROI (retour sur investissement): chiffrer ce que le projet coûte, et ce qu'il fait gagner en temps et en argent.
Lyra Rebane, qui chasse les failles de sécurité dans Chrome, a « cliqué sur chaque page MDN » pour nous ramener des propriétés CSS méconnues:
backface-visibility, shape-outside, -webkit-box-reflect, @media (scripting), device-posture pour les écrans pliables…Le cœur du talk, c'était le détournement d'interface. Sur une fausse banque, « Swagbank », elle a montré comment un bouton anodin peut déclencher un virement, uniquement en CSS. Même chose avec un glisser-déposer piégé ou un champ
contenteditable. Fascinant, et à ne jamais reproduire en prod. Petit bonus: ses slides sont elles-mêmes faites en HTML et CSS, avec son outil open source heartslides.Marie van Driessche est sourde de naissance. Elle a donné son talk en langue des signes, avec une interprète. Un moment fort de la conférence.
Elle rappelle que les barrières numériques sont de vraies barrières. Un formulaire qui exige un numéro de téléphone exclut déjà une partie des gens. La langue des signes n'est pas universelle, et elle n'est pas la même chose que la langue écrite. Il n'existe pas d'utilisateur sourd « moyen ». Ses conseils valent pour tout le monde: phrases courtes, titres clairs, une idée par paragraphe, sous-titres. D'ailleurs, 80 % des personnes qui activent les sous-titres ne sont pas sourdes. Elle se méfie des solutions pensées sans les personnes concernées, comme les gants qui traduisent la langue des signes. Son mot d'ordre: « Nothing about us, without us. »
Emma Bostian a parlé du droit à l'erreur. Même les personnes brillantes se trompent, surtout sur les sujets polarisants. Il faut chercher les raisons pour lesquelles on pourrait avoir tort, pas celles qui nous donnent raison.
Côté équipe, le conflit sur les idées est utile, le conflit personnel est destructeur. Elle cite une étude marquante: les équipes en sécurité psychologique signalent plus d'erreurs, mais en commettent moins. La sécurité psychologique ne veut pas dire baisser les exigences. C'est une culture de respect et d'ouverture. Un talk plutôt orienté management et gestion de projet.
Hidde de Vries a clôturé avec un talk militant et fédérateur. Pour lui, le web doit être durable, éthique, accessible, fun, et surtout à nous. Le numérique émet plus que l'aviation, et le poids d'un site est un choix. La tech n'est pas neutre, et trop de web appartient aux géants.
Face à la montée des discours d'exclusion, son message était clair: chaque site accessible, chaque blog indépendant, chaque lien partagé renforce un web qui appartient à tout le monde. Un web ouvert, pluriel et décentralisé est un contre-pouvoir. Et c'est nous, designers et devs, qui le construisons.
Son appel: publier sur son propre site d'abord, se lier entre blogs, privilégier le fédivers.
Peu de technique, mais ça fait du bien d'entendre toute une salle applaudir ce genre de message. Une belle façon de conclure.
Le witch tour
Pour finir, on a eu droit à une visite guidée de Freiburg un peu spéciale. Retour en 1599: notre guide, une actrice, incarnait Catharina Stadellmenin, veuve d'un maître de la guilde des serruriers et forgerons. Accusée de sorcellerie, elle a été victime de la chasse aux sorcières qui sévissait alors à Freiburg.
De la place de l'Hôtel de Ville aux ruelles de la vieille ville, elle nous a emmenés dans les lieux qui ont marqué sa vie, en nous racontant son destin tragique. Immersif, théâtral et très beau.
En conclusion
Ce cru 2026 a beaucoup parlé d'IA, mais surtout de ce qui l'entoure: le contexte qu'on lui donne, les process qu'elle accélère, et les humains qui restent au centre. Qu'il s'agisse d'un design system, d'une traduction, d'un vieux logiciel ou d'un public sourd, le message revient: concevoir avec les gens, pas seulement pour eux.
On rentre avec quelques to-dos concrets: mesurer la dérive entre nos fichiers Figma et le code, bannir les phrases concaténées dans nos traductions, et relire nos contenus avec des phrases plus courtes. Et l'envie, grâce à Hidde, de reprendre nos projets et blogs perso!
Merci aussi à Tobi, le DJ qui a rythmé les pauses pendant les deux jours.
Rendez-vous l'année prochaine.

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