Vibe Designing : les web designers sont-ils obsolètes ?

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Tu as sûrement remarqué que l'IA est maintenant partout. Elle écrit du code, génère des images et des vidéos, fait de l'analyse de données. Alors que se passe-t-il quand on la pointe vers le design d'interface ? Avec tous ces nouveaux logiciels qui promettent de produire des interfaces entières à partir d'un simple prompt, la question gênante mérite d'être posée : les UI designers sont-ils en train de devenir obsolètes ?
J'ai passé un an à essayer de le découvrir. J'ai testé une poignée de générateurs d'UI par IA, Figma AI, Stitch, Pencil, MagicPath et Banani, sur des landing pages orientées conversion, des dashboards bourrés de logique, et des refontes où il fallait respecter la cohérence d'une marque. J'y suis allé en espérant que l'IA n'allait pas me remplacer. Les résultats m'ont rassuré, et ils m'ont poussé à repenser ma façon de travailler. Ils m'ont aussi donné un terme que j'utilise tout le temps désormais : le "vibe designing".

Trois défis que j'ai donnés à l'IA

Les prompts génériques ne disent pas grand-chose. Il me fallait de vrais problèmes de design avec de vraies contraintes, alors je leur en ai donné trois.
1. Créativité. Designer une landing page à fort taux de conversion pour une marque choisie au hasard, The Honey Department. Je voulais voir ce que les outils donnaient en termes de narration visuelle, de sens typographique et de créativité réelle.
Une grille 3x3 comparant neuf propositions de design générées par l'IA pour la page de destination mobile de la marque fictive "The Honey Department". Les maquettes montrent une variété de directions artistiques, incluant des thèmes clairs et sombres, différentes approches typographiques, et des visuels de miel en pots ou en tubes, illustrant les capacités créatives d'outils comme Figma AI, Stitch, Pencil, MagicPath et Banani.
Tous les rendus générés par l'IA
2. Logique et hiérarchie. Le design d'interface se joue sur l'architecture de l'information. J'ai demandé aux outils que j’avais choisi de construire un "Command Center" desktop, dense, pour une boîte de logistique qui suit plus de 500 actifs en temps réel. Est-ce qu'un écran chargé en données peut quand même respirer ?
Une grille comparant huit propositions d'interfaces de bureau générées par l'IA pour un tableau de bord logistique complexe, le "Command Center". Les maquettes affichent des environnements sombres chargés de données, intégrant des cartes de suivi d'actifs, des listes d'alertes et des graphiques, afin de tester la capacité des outils d'IA à structurer une hiérarchie d'information dense.
All outputs generated by AI
3. Cohérence. L'IA peut-elle jouer le rôle de critique design ? Je lui ai donné une page produit e-commerce existante, Sponser's Collagen, en lui demandant d'améliorer le design et le taux de conversion sans piétiner la marque.
Une grille comparant huit propositions de refonte générées par l'IA pour la page produit e-commerce "Collagen Hydrolysate" de la marque Sponser. Les différentes maquettes illustrent les tentatives des outils d'IA pour réorganiser l'information, améliorer le taux de conversion et moderniser l'interface, tout en essayant de respecter l'identité visuelle existante de la marque.
Tous les rendus générés par l'IA
Voilà ce que j'en retire.

1. Bienvenue dans la décennie du "vibe designing"

Cette nouvelle vague d'outils de design par IA nous éloigne donc du fait de cliquer et glisser manuellement des rectangles sur un canvas. Les logiciels de design rattrapent la vague du "vibe coding", et dans notre monde, ça devient le "vibe designing".
Capture d'écran de l'interface de Banani AI, montrant une zone de saisie de texte minimaliste avec l'invite "Describe design you need..." (Décrivez le design dont vous avez besoin), un bouton pour joindre des fichiers, et un bouton bleu "Generate" (Générer). Cela illustre le concept de "vibe designing" par le biais de requêtes textuelles.
Zone de saisie de Banani AI
Je te suggère d'adopter le terme. Le vibe designing, c'est quand tu joues le rôle de directeur créatif plutôt que de pixel pusher. Tu décris l'intention et le "feeling" de l'interface en langage naturel (ou avec des références visuelles), et une IA s'occupe de l'implémentation. Ton job, c'est de donner la direction, de regarder ce qui revient, et de t'assurer que ça résout vraiment le problème.

2. L'IA est bonne pour explorer, pas pour finir

C'est tentant de croire que l'IA est censée sortir un écran parfait, prêt pour la prod, du premier coup. Elle ne peut pas, et ce n'est pas vraiment là qu'elle est utile de toute façon. Ce qu'elle sait vraiment faire, c'est de l'exploration rapide.
Capture d'écran de l'interface de l'outil de design IA Stitch. L'écran affiche une maquette de page de destination au centre, avec un panneau latéral à droite permettant de "Générer des variations". Les options incluent le choix du nombre d'itérations, la portée créative, et la sélection spécifique des éléments à modifier comme la mise en page ou la police, illustrant la capacité de l'outil à explorer rapidement des idées.
Stitch permet de demander des itérations depuis n'importe quel artboard et de préciser les changements voulus.
Des outils comme Stitch et Banani sont utiles pour générer des variations. Tu peux explorer une idée sans partir d'un fichier vierge, et l'A/B testing devient beaucoup moins pénible. Ils accélèrent le wireframing et raccourcissent l'écart entre deux itérations. Certains, Stitch en particulier, produisent même des heatmaps prédictives, ce qui est étonnamment pratique pour vérifier un layout avant de le construire.
Capture d'écran montrant une carte de chaleur (heatmap) prédictive générée par l'outil Stitch sur une maquette de page produit e-commerce. Des zones colorées en rouge, jaune et vert mettent en évidence les points d'attention visuelle probables des utilisateurs, confirmant la visibilité de l'image du produit, du titre, du prix et du bouton d'ajout au panier.
Stitch est capable de générer une heatmap prédictive à partir des écrans générés.
Le problème de la page blanche disparaît en grande partie, et ta boucle d'itération devient plus serrée.

3. Le hype ne tient pas toujours la route

Le paysage actuel des outils de design par IA est un bazar, et les outils sont d'un niveau très inégal.
Figma AI est correct pour la structure, mais les designs sortent plats, sans personnalité. Aujourd'hui, je ne le choisirais pas comme générateur autonome. D'autres outils font mieux ce travail-là.
Designs Figma générés avec leur fonctionnalité first draft.
MagicPath est plus impressionnant. La façon la plus simple de le décrire est la suivante : ce que tu obtiendrais si Figma et Lovable avaient un bébé ! La boîte à outils est flexible et le canvas gère bien le design multi-écrans.
Capture d'écran de l'interface de l'outil de design MagicPath affichant la maquette "Thick Honey". L'espace de travail combine des éléments de design visuel et de développement, avec un arbre DOM à gauche et un panneau de propriétés incluant des options de code et d'édition par IA à droite, illustrant sa capacité à créer des prototypes interactifs.
L'interface de MagicPath, capable de générer des prototypes interactifs.
Stitch de Google (anciennement Galileo) sort un travail plus dense, plus détaillé, et te propose plusieurs versions parmi lesquelles choisir. Ils sortent des mises à jour en permanence, donc ça vaut le coup de garder un œil dessus. Leur Twitter est le moyen le plus simple de suivre ce qui change.
La décision n'est plus : "est-ce que je dois utiliser l'IA". La décision c'est : quel outil tu choisis à quel moment du process. Et bien choisir commence à compter autant que tes fondamentaux de design.

4. L'IA est un partenaire, pas un remplaçant

Donc, est-ce qu'il est temps de tourner la page du design numérique ? Non.
Ce que j'en retire, c'est que l'IA est un partenaire. Elle peut faire la mise en place technique et générer des layouts, mais elle ne peut pas être directeur créatif. Quelqu'un doit regarder ce qu'elle produit, jeter ce qui ne marche pas, et façonner le reste pour que ça colle à la marque.
Ce sont des outils. Des nouveaux outils, et des bons, mais des outils.

5. Le travail va devenir plus collaboratif

Le vibe designing ne tue pas le rôle du designer. Il le déplace. On va plus loin dans la direction créative, on utilise l'IA pour le prototypage rapide et les variations, et on passe plus de temps sur les parties du travail qui ont besoin d'un humain : le goût, le jugement, et cette couche émotionnelle que le rendu machine ne sait pas encore feinter.
Ce n'est pas le moment de paniquer. C'est le moment pour te demander comment ta pensée stratégique et ta direction créative doivent évoluer.

Ce que j'en pense vraiment

Ces outils ont des fonctionnalités intéressantes. Ils ne vont pas nous remplacer. Le rendu reste plat, souvent visiblement machinal, et sans émotion. Ce qui est précisément des défauts qui font qu'un design ne fonctionne pas. Les premiers résultats peuvent paraître meilleurs qu'ils ne le sont vraiment. Si tu creuses un peu derrière la surface, il y a souvent quelque chose d'utile : un point de départ, un angle auquel tu n'avais pas pensé. Là où ces outils brillent, c'est sur la vitesse pour les layouts complexes et chargés en contenu. Ils te donnent une première version utilisable bien plus vite que de partir de zéro. Cependant, concernant la cohérence sur des designs existants, c'est encore là que ça pèche
Si tu as besoin d'un résultat moyen, vas-y, utilise-les. Mais quelqu'un devra quand même passer du vrai temps à vibe designer le travail. Si tu veux quelque chose de bon, engage un designer. Il saura comment prompter, et surtout, il saura quels rendus jeter.
Si tu veux plus de tests concrets, de décryptages d'outils, et de points de vue pratiques sur la direction que prend le design avec l'IA, abonne-toi à la newsletter Double Tap.